Broyer du noir, se sentir triste et abattu, souvent sans raison bien précise.
Le mot a mené plusieurs vies avant de nous saper le moral. On le fait souvent remonter à l’arabe « kafir », le mécréant. Au 16e siècle, un cafard est un hypocrite à la piété de façade, un tartuffe avant l’heure. De là viendrait le mouchard qui « cafarde », car qui trahit ses voisins ne joue pas franc jeu. Et la blatte des coins obscurs devrait peut-être son nom à ce bigot vêtu de sombre, si discret dans ses manœuvres.
Pour la mélancolie, deux pistes s’affrontent. On cite volontiers Baudelaire, qui a aussi rendu populaire le « spleen » venu d’Angleterre. Dans « Les Fleurs du Mal », parues en 1857, il montre le Démon agissant « sous de spécieux prétextes de cafard ». À vous de juger si ce cafard-là broie déjà du noir ou s’il joue encore les hypocrites.
Maurice Rat préfère une naissance plus tardive, de 1875 à 1900, chez les soldats d’Afrique et d’abord à la Légion étrangère. Les idées noires y grouilleraient dans la tête comme les blattes dans un recoin.
Personnes citées

poète français
grammairien et traducteur français (1891-1969)